On se battait là-bas, c’était la guerre, la vie de camps, tout l’imprévu de ce pays lointain qui l’attirait, et Weiss était parti, joyeux.

Pourtant, dans les masures grises de la redoute de Béni-Ounif où sa compagnie s’était immobilisée pour des mois, dans ce décor dont il n’avait d’abord perçu que l’immense désolation, Weiss, l’enfant des prairies vertes et des bois de l’Alsace, s’était senti dépaysé, oppressé.

Les premiers temps, ç’avait été une sorte de cauchemar lourd, et il avait cru à une désillusion.

Il s’était même laissé entraîner par les camarades à de longues beuveries dans les salles tumultueuses des « cantines », au village.

Sous une gaîté d’emprunt, il cherchait à oublier son morne ennui et passait ses soirées au « Retour de Béchar », à « l’Étoile du Sud », à la « Mère du Soldat », avec des tablées de légionnaires ivres…

Puis, un immense dégoût l’avait isolé. Il préférait errer, seul, dans le bled désert.

Peu à peu, il avait discerné la splendeur des horizons de feu, les caprices sans cesse changeants de la lumière sur le sol pierreux et rougeâtre, sur les montagnes arides.

Il avait senti l’ineffable silence, la paix mélancolique et profonde de cette terre immuable, et cela lui avait suffi.

Weiss aimait maintenant ce Sud-Oranais où il avait tant souffert, aux premiers jours de dépaysement et de détresse…

Le légionnaire suivit le lit de l’oued desséché, contournant les murailles caduques du ksar.