Des lueurs roses glissaient entre les troncs fuselés des dattiers, magnifiant les vieilles ruines en terre, accumulées en un désordre charmant.
Dans un bas-fond ombreux, sous les frondaisons bleuâtres, s’ouvrait une foggara, une de ces étranges fontaines souterraines des ksour du sud-ouest. On y descendait par quelques hautes marches en toub. En bas, c’était un ruisseau clair sortant du sol spongieux et qui, serti de fougères graciles, se perdait dans l’ombre éternelle et le mystère d’une galerie étroite.
Weiss s’assit sur une roche éboulée et ralluma sa vieille pipe d’écume.
Il était calme. Cette sérénité des choses, dans la gloire du jour finissant, suffisait à son bonheur.
Une silhouette de femme surgit, furtive, de l’ombre de la foggara. Grande, svelte, superbement drapée dans ses haillons bleus, elle montait, courbée sous le poids d’une peau de bouc ruisselante.
Elle n’avait pas aperçu Weiss et, pendant un instant, il put contempler son visage presque enfantin encore, d’un ovale parfait. De longs yeux roux éclairaient sa carnation bronzée et le pli voluptueux de ses lèvres adoucissait ce que ce masque obscur eût pu avoir de trop farouche.
Mais elle vit le roumi et, avec un sursaut de frayeur, ramena vivement son voile, cachant ses traits. Elle s’enfuit presque.
Weiss, que sa culture antérieure avait élevé au-dessus de tous les barbares préjugés de race, recherchait la société des indigènes. Leur simplicité grave, leur sociabilité rapidement affectueuse, lui plaisaient, et il aimait passer les veillées d’été, à demi couché sur les nattes des cafés maures, s’essayant à parler arabe, en écoutant les longues mélopées traînantes et mélancoliques des nomades. Ses camarades préférés étaient des tirailleurs, des spahis ou les mokhazni, cavaliers irréguliers au service du bureau arabe.
Pour ramener la jeune femme, Weiss lui cria doucement, dans son arabe imparfait :
— N’aie pas peur, ma sœur, je ne te ferai pas de mal.