Mais elle ne se retourna pas.

Les jours suivants, Weiss retourna à la foggara, évitant, discret, d’effrayer par trop d’insistance la bédouine qui se voilait à son approche.

Dans sa grande solitude, le légionnaire se grisa bientôt de cette idylle à peine ébauchée.

Un soir, les attaches en fibres de palmier de la peau de bouc cassèrent et elle tomba.

La bédouine essayait vainement de couper les nœuds, avec une pierre tranchante, pour réparer son outre.

En silence, sans qu’elle s’en défendît, Weiss l’aida. Debout, voilée, elle attendit sans un mot que le soldat eût fini. Quand il souleva l’outre, elle tendit les épaules, reprit son lourd fardeau, et partit, avec ce seul mot de gratitude : sahha ! (merci).

Le lendemain, il la salua, et elle lui répondit, se découvrant un peu le visage qu’éclaira un demi-sourire discret.

Peu à peu, elle s’accoutuma à retrouver, tous les soirs, près de la foggara, le soldat roumi, si jeune et si doux, avec son visage régulier et pâle sous le hâle et ses grands yeux gris, qui ne l’effrayaient plus.

Ils se parlèrent.

Elle s’appelait Emmbarka (la bénie) et était mariée à un mokhazni qu’on avait envoyé en détachement à Ben-Zireg, dans le sud-ouest.