Elle gardait la tente, au douar du makhzen, seule avec sa vieille mère.
Weiss lui dit qu’il aimait les musulmans, qu’il en faisait sa société, de préférence aux Européens et qu’il ne leur voulait pas de mal.
Emmbarka lui conta les tristesses de sa dure vie errante.
Elle était des Amour, une tribu nomade du cercle d’Aïn-Sefra et, quand son mari s’était engagé au makhzen de Djenan-ed-Dar, elle avait dû le suivre, dans le dénuement et l’insécurité des camps, en plein pays de poudre, sillonné de djiouch pillards.
Il y avait à peine quelques mois qu’on l’avait mariée et, depuis lors, elle avait à peine vu Abdelkader ould Hamza, son mari, un tout jeune mokhazni que la guerre lui prenait sans cesse. Elle le connaissait à peine et ne pouvait l’aimer…
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Les jours s’écoulaient, monotones et berceurs. Weiss attendait avec impatience les quelques heures de liberté du soir, et l’entrevue furtive de l’Amourienne, dans l’ombre fraîche de la palmeraie.
Il aimait Emmbarka et la désirait avec toute l’ardeur de sa jeunesse. Les débauches obligées de la vie d’étudiant l’avaient à peine effleuré. Puis, très vite, il avait été jeté là, dans la dure et complète abstinence, pour des mois.
Pour lui, cette femme, en harmonie parfaite avec ce décor saharien qu’il aimait, était presque une vision irréelle, une sorte d’incarnation de ce charme puissant du désert qui l’avait pris à jamais…
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