Il vit de ce travail charmant, en une insouciance heureuse, en cette boutique qui l’abrite, avec la piété hospitalière de l’Islam. Après des années, il y reste toujours l’hôte discret, ne se mêlant pas du mouvement journalier, presque pas même des conversations.
Parfois, quelque vieux taleb, distingué et poli, aux gestes graves, vient s’asseoir sur la natte du calligraphe après avoir baisé son front en signe de respect. De nombreux salam, sans hâte, puis des discours lents, où passent des choses très vieilles.
Les enfants eux-mêmes n’osent venir jouer devant la boutique, et la présence de Hadj Hamouda la sanctifie presque.
Aux heures où l’appel plaintif des mouedden plane sur El-Oued, l’enlumineur se lève, rejette ses burnous sur son épaule, d’un geste ample et beau, et s’en va à la mosquée des Messaâba.
Entre les dernières maisons du ksar et les premières dunes qui continuent les coupoles en teintes plus claires, un dôme gris s’élève, sur des murs bas et effrités, dans un enclos où de jeunes dattiers tamisent en bleu l’ardeur de la lumière.
Près du puits à hottara[3], dont l’armature grince, lourde et criarde, dans un bassin de plâtre, les fidèles font les ablutions rituelles.
[3] Hottara, armature de puits en troncs de palmiers, dans le Souf.
Puis, dans l’intérieur fruste et nu, sur les nattes desséchées, jaunies, ils se prosternent ensemble en attestant l’unité absolue de Dieu.
Hadj Hamouda, au premier rang, récite à voix haute les versets chantants : le plus savant parmi les assistants, il est l’imam.
Après, du même pas lent, il regagne sa boutique où il reprend son kalâm et son travail suranné.