Le soir, à l’heure rouge où le soleil embrase le ksar, Hadj Hamouda, toujours seul, promène son rêve restreint, doux, sa mélancolie sans motifs extérieurs, au sommet des dunes, sur les pistes grises, entre les tombeaux disséminés.

Parfois, il s’arrête, les mains levées et ouvertes devant lui comme un livre, et il dit une fatiha[4] devant quelque tombeau anonyme ou quelque koubba blanche, esseulée dans le désert.

[4] La Fatiha (sourate de l’Ouverture) la première du Korân.

Après la prière de l’Acha, il rentre dans la boutique et reprend sur sa natte la prière commencée à la mosquée. Assis, la tête penchée, il égrène son chapelet, l’œil voilé d’un rêve plus lointain.

Puis, sur l’humble couche, toujours solitaire, il s’endort, sans regrets et sans désirs.

Exempt de colère et de passion, sans famille, sans soucis, Hadj Hamouda vit, attendant en paix l’heure inconnue…

LE MAGICIEN

Si Abd-es-Sélèm habitait une petite maison caduque, en pierre brute grossièrement blanchie à la chaux, sur le toit de laquelle venait s’appuyer le tronc recourbé d’un vieux figuier aux larges feuilles épaisses.

Deux pièces de ce refuge étaient en ruines. Les deux autres, un peu surélevées, renfermaient la pauvreté fière et les étranges méditations de Si Abd-es-Sélèm, le Marocain.

Dans l’une, il y avait plusieurs coffres renfermant des livres et des manuscrits du Magh’reb et de l’Orient.