[7] Rapsode arabe.

Alors, tout doucement, en sourdine, les djouak et les gasba commencent à distiller une tristesse lente, douce, infinie, tandis que, discrètement encore, les benadir battent la mesure monotone.

Les roseaux magiques se taisent et le meddah commence, sur un air étrange, une mélopée sur le sultan des saints, Sidi Abdelkader Djilani de Bagdad.

Guéris-moi, ô Djilani, flambeau des ténèbres !

Guéris-moi, ô la meilleure des créatures !

Mon cœur est en proie à la crainte.

Mais je fais de toi mon rempart.

Sa voix, rapide sur les premiers mots de chaque vers, termine en traînant, comme sur une plainte. Enfin, il s’arrête sur un long cri triste, repris aussitôt par la rh’aïta criarde, qui sanglote et qui fait rage, éperdue, comme en désespoir… Et c’est de nouveau le bruissement d’eau sur les cailloux ou de brise dans les roseaux des djouak et des gasba qui reprend, quand se tait la rh’aïta aux accents sauvages… puis la voix sonore et plaintive du rapsode arabe.

Les auditeurs enthousiastes soulignent certains passages par des Allah ! Allah ! admiratifs.

Et le train, serpent noir, s’en va à travers la campagne calcinée, emportant les ziar, leur musique et leur gaîté naïve vers quelque blanche koubba de la terre africaine.