Pâle et soucieuse, elle lui sourit et le suivit des yeux, tant qu’il fut en vue, caracolant parmi ses hommes, sur le plateau grisâtre que les thuyas piquaient de taches sombres.
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Les jours et les semaines s’écoulèrent, monotones pour Emmbarka, pleins d’imprévu d’abord pour Mohammed, puis voilés de lourd ennui.
En effet, il avait vite éprouvé une grande désillusion : au lieu des escarmouches rêvées, des coups de fusil et des exploits de guerre, il avait été astreint à de longues marches lentes, sans charme, sur les pistes désertes de l’extrême sud, à la suite des convois de chameaux.
Pas la moindre attaque, seuls quelques coups de fusil entendus de loin, parfois.
Les goumiers impatients descendirent jusqu’à Beni-Abbès sans encombre. Puis, on les envoya à Béchar : là, sûrement, la poudre parlerait. Il n’en fut rien, et ils rentrèrent mécontents et las. Puis, ce fut vers Ich et Attatiale qu’on les lança. On parlait d’une harka importante de Beni-Guil à poursuivre… Les goumiers trouvèrent, après des marches forcées dans la montagne et la brousse, une quinzaine de tentes délabrées et pouilleuses, quelques vieillards impotents et des femmes qui se jetaient à leurs pieds en se lamentant et en demandant du pain.
Le soir, autour des feux clairs, dans leurs campements de hasard, les cavaliers du Djebel Amour commençait à murmurer : décidément, ou bien les roumis avaient peur des bandits de l’ouest, ou bien ils ne savaient pas faire la guerre, puisqu’ils n’attaquaient pas, perdant le temps en marches inutiles !
Les nomades primitifs ne comprenaient rien à cette guerre moderne, doublée de politique, à cette « police » pacifique en plein territoire étranger. Si on les avait laissés faire, eux, c’eût été bien autre chose : puisque c’étaient les Beni-Guil, les Doui-Ménia dissidents, les terribles Oueld-Djerir et les insaisissables Beraber qu’on devait combattre, ils les auraient cherchés et exterminés, jusqu’au fond du Tafilala !
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Comme le goum rentrait de Béchar, par une journée brumeuse et froide, il s’engagea dans un défilé pierreux, entouré de collines peu élevées, arides.