Les chevaux fatigués avançaient lentement, la tête basse. C’était le ramadhan, et les goumiers, que le jeûne rendait maussades, se taisaient, roulés dans leurs burnous poudreux.

Brusquement, deux ou trois coups de feu crépitèrent dans le silence. Un cheval s’abattit.

L’officier arrêta le convoi et les goumiers firent face au coteau déchiqueté où devait être l’ennemi invisible.

Le feu recommença, habile, meurtrier. Les goumiers ripostaient avec entrain, mais leurs balles devaient se perdre inutilement dans les rochers, tandis qu’ils étaient vus, donc fusillés à coup sûr.

Bien peu d’entre les cinquante goumiers du Djebel Amour s’échappèrent, avec leur officier français blessé, du sinistre défilé.

Bou Hafs, le cousin de Mohammed, ne l’avait pas quitté un instant. Le cœur du nomade bondissait de joie et d’émotion : enfin, c’était la guerre, la vraie guerre, et il tirait comme les autres, au hasard, criant des injures aux bandits, aux lâches qui n’osaient se montrer.

Quand Mohammed, la poitrine traversée par une balle, roula sur le sol pierreux, le goum fuyait. Bou Hafs sauta à terre, saisit le corps de son cousin et le jeta en travers de sa selle. Puis, remontant à cheval, sous une grêle de plomb, il rejoignit le goum au galop.

— Les chiens ne se moqueront pas du fils d’Abdel Kader ! dit Bou Hafs.

Et Mohammed dormit son dernier sommeil sur le bord de la route de Béchar, dans la terre rouge.

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