— Abdallah… les nuits sont noires et sans lune. De nos jours la poudre parle souvent toute seule… On ne sait jamais.
Tout de suite, l’excitation des nomades tomba. Des sourires à dents blanches illuminèrent l’obscurité de leurs visages.
Ils achevèrent de boire le café, puis ils se levèrent, secouant la terre qui alourdissait leurs burnous. Lentement, paresseusement, ils vaquèrent aux menus soins du camp ; ils suspendirent les vieilles musettes de laine rouge au cou des chevaux, ils étendirent de la menue paille fraîche devant leurs bêtes, firent un pansage sommaire au cheval gris de l’officier. Quelques-uns commencèrent des reprises aux harnachements, à leurs burnous. D’autres montèrent au village, pour d’interminables marchandages chez les juifs, et de longues beuveries de thé marocain dans les salles frustes des cafés maures.
Ils n’éprouvaient pas d’ennui, dans leur inaction forcée. Des chameaux grognèrent et se mordirent, un cheval se détacha et galopa furieusement à travers le camp. Deux hommes se disputèrent pour quelques brassées de paille…
Et ce fut tout, comme tous les jours, dans la monotonie des heures vides.
Abdallah ben Cheikh et le sokhar Abdeldjebbar ould Hada s’en allèrent lentement, la main dans la main, vers le lit desséché de l’oued.
Assis derrière une touffe de lauriers-roses, ils parlèrent bas, s’entendant pour la vengeance. Abdallah et Abdeldjebbar étaient devenus des amis inséparables. Très jeunes tous deux, très audacieux, ils avaient déjà poursuivi ensemble des aventures périlleuses d’amour, au douar du Makhzen, ou chez les belles Amouriat de Zenaga.
Ils demeurèrent ensemble le restant de la journée, inspectant soigneusement, sans en avoir l’air, le camp des « Doui-Ménia ».