Les sokhar et leurs bach-hammar poussaient les chameaux dans l’espace nu qui sépare la gare du chemin de fer des murailles grises de la redoute et du bureau arabe.
Parfois, un cavalier passait au galop, jetant l’épouvante et le désordre dans le groupe compact de chameaux dont la grande voix rauque et sauvage dominait tous les bruits.
Les nomades s’appelaient, se parlant de très loin, par longs cris chantants, par gestes échevelés.
Et c’était un chaos de chameaux, de chevaux sellés, d’arabas grinçantes, de sacs, de caisses, de burnous claquant au vent, dans la poussière d’or tourbillonnant au soleil radieux…
Puis, le goum des « Trafi », avec ses petits fanions tricolores flottant au-dessus des cavaliers, tourna la redoute et s’en alla vers l’ouest.
Pendant un instant, on le vit, baigné de lumière, sur le fond sombre de la montagne… Puis, il disparut.
Lentement les chameaux chargés descendirent dans la plaine, en longue file noire, poussés par les sokhar.
Une compagnie de tirailleurs fila sur la gauche avec un piétinement confus, piquant le rouge des chéchiya et des ceintures sur la teinte bise de la tenue de campagne.
Les derniers chameaux disparurent dans la brume rose, sur la route de Djenan-ed-Dar, vers le Sud. Dans sa vallée aride, Beni-Ounif retomba au silence somnolent.
Les Nomades étaient partis, sans un regard de regret pour ce coin de pays où ils avaient vécu quelques semaines.