Et, pendant des heures, elle attendait ainsi.

En face d’elle, un champ nu et poudreux, fauve, s’étendait jusqu’aux murs ocreux de la palmeraie humide de Zenaga. Là-bas, sous les dattiers sveltes, c’étaient les séguias murmurantes, les étangs obscurs où se reflétaient les troncs torses, les grandes frondaisons bleuâtres, et les régimes d’or, superbe fécondité de la terre âpre, la poussière blonde qui reparaissait, plus près, brûlée par le soleil dévorateur.

Et les chameaux lents passaient…

FELLAH

VEILLÉE DE RAMADHAN

Toute la journée, l’œil morne, la tête courbée, les fellahs ont poussé leur petit grattoir, leur charrue en bois, encourageant d’un cri rauque leur attelage famélique.

Mais le soir s’approche. Le soleil rose descend vers les collines d’argile qui enserrent la vallée. Les buissons d’ar’ar étendent de longues ombres noires, serties de rouge, sur le sol irisé. Et les laboureurs, ragaillardis, s’en reviennent vers leurs mechtas grises d’où s’élèvent de hautes colonnes, minces et à peine ondulées, de fumée bleue. Pieds nus, ils sont vêtus de gandouras terreuses, retenues à la taille par une ceinture de cuir ou de corde, et haut troussées sur leurs jambes musculeuses et velues. Sur leurs têtes rasées, abritant le visage bronzé au profil aquilin, ils portent un voile, un lambeau d’étoffe blanche, fixée par les cordelettes fauves. Ils sont pâles et leurs yeux sont cernés. — Louange à Dieu, disent-ils, l’heure est proche !

Groupés sur la terre battue, entre leurs gourbis au diss noirci par les hivers, ils attendent debout, dans le rayonnement d’or rose du couchant.

Mais le soleil a disparu, tout s’éteint, les choses prennent des teintes sévères, les lointains se voilent de brume, et le fil noir[13] de la nuit, s’étend à l’Orient.

[13] C’est une erreur de croire que le jeûne doit être rompu quand on ne peut distinguer un fil noir d’un fil blanc. Le fil noir dont parlent les musulmans est la ligne d’ombre s’étendant à l’est au commencement de la nuit. (Note de l’auteur.)