Alors, toute la joie du retour tomba en lui. Il sentit bien qu’il serait presque toujours pour eux, l’askri (le soldat), presque un m’tourni, un renégat.

Au gourbi, la vie lui sembla dure. Il couchait à terre, mangeant de la galette noire. Il fallait couper du bois dans la brousse épineuse, le descendre en ville, très loin, brûler du charbon dans la montagne, réparer les huttes.

Kaddour essaya de reprendre les courses aventureuses, nocturnes, qui occupent la jeunesse des douars. Mais seules les déchues, celles pour lesquelles on ne se cachait même pas, voulaient de l’amour d’un tirailleur…

Et au gourbi, il y avait Fathma, la femme de Mohammed, belle, langoureuse, avec des yeux de soumission et de tendresse.

Kaddour avait été repris par la foi et les scrupules de sa race. L’inceste lui sembla d’abord un crime si monstrueux qu’un musulman ne pouvait le commettre.

Mais l’hostilité du milieu, la haine croissante de Mohammed et la violence du désir de Kaddour brisèrent sa résistance.

Marié, Mohammed courait toujours les mechta voisines, abandonnant souvent Fathma… Et elle avait remarqué l’amour de son beau-frère, le tirailleur, qui lui semblait une sorte de héros, parce qu’il avait beaucoup péché.

Une nuit, Mohammed poursuivit une hyène qui rôdait autour du troupeau.

Et Kaddour, son couteau à la main, se glissa dans le gourbi de son frère. Tout de suite, sans résistance, Fathma céda.

Dès lors, presque toutes les nuits, avec une audace inouïe, Kaddour alla la rejoindre, profitant des moindres absences de son frère.