Au loin, fermes opulentes, bordjs délabrés, gourbis pauvres dans l’accablement du jour, tout dort.

De la plaine monte un chant, long comme la route sans abri, comme la pauvreté sans lendemain de joie, comme une plainte inentendue : le chant des moissonneurs kabyles.

Le blé pâle, l’orge fauve, s’entassent sur la terre épuisée de son labeur d’enfantement.

Mais tout cet or tiède étalé au soleil n’allume pas une lueur dans l’œil vague du cheminot.

Ses loques sont grises… Elles semblent couvertes de la même poussière terne qui adoucit la terre battue au pied nu de l’errant.

Grand, émacié, le profil aigu abrité par l’auvent du voile en loques, la barbe grise et inculte, l’œil terne, les lèvres fendillées par la soif, il va.

Et, quand il passe devant une ferme ou une mechta, il s’arrête et frappe le sol de son long bâton d’olivier sauvage.

Sa voix rauque perce le silence de la campagne et il demande le pain de Dieu.

Il a raison, le cheminot à la silhouette tragique, le pain sacré qu’il demande sans implorer lui est dû, et l’aumône n’est qu’une faible restitution, comme un aveu d’iniquité.

Le cheminot n’a pas de logis, pas de famille. Libre, il erre et son regard vague fait sien tout ce grand paysage d’Afrique dont, selon son gré, il écarte les bornes, à l’infini.