Quand, las d’avancer, accablé de chaleur, il veut se reposer, les grands lentisques des coteaux et les eucalyptus en pleurs des routes lui offrent leur ombre et la sécurité d’un sommeil sans rêves.
Peut-être, jadis, le cheminot a-t-il souffert d’être un sans-foyer, de ne rien avoir, et aussi, sans doute, de demander ce que, d’instinct, il savait dû.
Mais maintenant, après des années longues, toujours pareilles, il n’a plus de désirs, et subit la vie, indifférent.
Souvent, les gendarmes l’ont arrêté et il a été emprisonné… Mais il n’a jamais compris — on ne lui a d’ailleurs pas expliqué — pourquoi il pouvait être défendu à un homme de marcher sous la caresse de la bonne lumière féconde, de traverser ce coin de l’univers qui lui semble sien. Il n’a pas compris pourquoi ces gens qui ne lui avaient pas donné d’abris et de pain lui interdisaient de ne pas en avoir.
A l’accusation d’être un vagabond, il a toujours répondu : « Je n’ai pas volé, je n’ai pas fait de mal… » Mais on lui a dit que cela ne suffisait pas, et sa défense simple est restée inentendue…
Et cela lui a semblé injuste, ainsi que beaucoup d’autres choses qui sont écrites pour les illettrés sur le ruban de la grand’route.
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Mais, la haute taille du cheminot s’est cassée et sa démarche est devenue incertaine : la vieillesse et son usure sont venues prématurées, dans l’abandon.
Un jour, malade d’une de ces tristes maladies de vieillards dont la brève guérison ne console plus, le cheminot tomba sur le bord de la route.
Des musulmans pieux le trouvèrent là et l’emportèrent à l’hôpital. Silencieux, il accepta.