Son cœur battait mais si légèrement, comme bat l'aile d'un papillon suspendu à une fleur et baigné de lumière par le soleil d'été!

XXVII

À cinq heures du matin Sanine était déjà réveillé; à six heures il était tout habillé et à six heures et demie, il se promenait dans le jardin non loin d'un petit pavillon que Gemma avait indiqué dans son billet.

La matinée était calme, tiède et grise. Par moments il semblait qu'il allait pleuvoir; cependant en étendant la main on ne sentait rien, bien qu'il fût possible de distinguer sur la manche du pardessus de minuscules gouttelettes, de la grosseur de perles de verre toutes menues.

Pas plus de vent que si ce phénomène n'avait jamais existé.

Les sons ne s'envolaient pas mais se répandaient dans l'air. Dans le lointain une vapeur blanche s'épaississait lentement; l'air était embaumé du parfum des résédas et des fleurs d'acacias.

Les boutiques n'étaient pas encore ouvertes, mais déjà l'on apercevait des piétons dans la rue; de temps en temps une voiture isolée roulait bruyamment… Il n'y avait pas de promeneurs dans le jardin.

Le jardinier, sans se presser, ratissait les allées, et une toute vieille femme enveloppée d'un manteau de drap noir passa en boitant. Sanine ne pouvait pas un instant prendre cet être rabougri pour Gemma, et pourtant son cœur eut un battement insolite, et il suivit des yeux avec intention cette forme noire qui s'effaçait.

L'horloge de la tour sonna sept heures. Sanine s'arrêta.

«Se pourrait-il qu'elle ne vienne pas?»