Il jeta tout autour de lui un regard attendri, tomba aux pieds de la jeune fille et pressa son visage contre sa robe.
—Tu es à moi? dit-elle.—Tu reviendras bientôt?
—Je suis à toi… Je reviendrai, répéta-t-il d'une voix étouffée.
—Je t'attendrai…
Quelques minutes plus tard, Sanine était dans la rue et courait dans la direction de son hôtel. Il n'avait pas remarqué que, derrière lui, Pantaleone, tout ébouriffé, était sorti par la porte de la confiserie et prononçait des paroles que Sanine n'entendit pas, brandissant sa main levée, comme dans un geste de menace.
À une heure moins un quart, exactement, Sanine entra chez Polosov.
Devant l'hôtel attendait une voiture attelée de quatre chevaux.
Lorsque Polosov vit venir Sanine, il dit simplement: «Ah! tu t'es décidé!» puis il mit son manteau, des galoches, se boucha les oreilles avec des tampons d'ouate, bien que ce fût l'été, et descendit sur le perron.
Les garçons, sur ses ordres, avaient déjà placé dans la voiture les nombreuses emplettes, avaient capitonné sa place de coussins de soie et disposé tout autour des petits sacs et des paquets, à ses pieds ils avaient posé un panier de provisions et assujetti la malle au siège du cocher.
Polosov paya tout le monde largement, et respectueusement soutenu sous les bras par le concierge il entra en geignant dans la voiture, s'assit après avoir palpé les objets tout autour de lui, choisit un cigare, l'alluma, et alors seulement, avec le doigt, fit signe à Sanine d'entrer aussi dans la voiture. Sanine prit place à côté de lui.
Polosov dit au concierge de recommander au postillon d'aller vite s'il tenait à un bon pourboire.