Le flegmatique ami de Sanine avait trouvé le temps de prendre un bain et de se revêtir d'une très riche robe de chambre de satin; sa tête était ornée d'un fez couleur de fraise.

Sanine s'approcha de lui et le contempla quelque temps.

Polosov restait assis, immobile, comme une idole dans sa niche; il ne tourna pas la tête du côté de Sanine, ne remua pas les paupières, ne proféra pas un son.

C'était un spectacle vraiment majestueux.

Après l'avoir admiré quelques instants, Sanine se disposait à parler pour rompre ce silence auguste, lorsque tout à coup la porte de la chambre voisine s'ouvrit, et sur le seuil apparut une jeune et jolie femme, vêtue d'une robe de soie blanche ornée de dentelles noires, avec des diamants aux poignets et autour du cou.

C'était Maria Nicolaevna Polosov.

Les cheveux roux, touffus, tombaient des deux côtés de la tête en nattes toutes prêtes à être relevées.

XXXIV

—Ah, pardon! s'écria Maria Nicolaevna avec un sourire demi-confus, demi-moqueur.

Elle releva d'une main le bout d'une de ses nattes, et attacha sur
Sanine le regard de ses grands yeux gris et clairs.