La mère de Gemma s'empressa de remarquer que dans sa jeunesse elle avait vu un opéra: «Demetrio et Polibio», mais que «Dmitri» sonnait infiniment mieux que «Demetrio».
Sanine passa aussi une heure en conversation avec les deux Italiennes, qui, de leur côté, l'initièrent à tous les événements de leur vie.
La mère tenait généralement la parole. Sanine apprit d'elle son nom, Leonora Roselli. Elle était veuve de Giovanni Battista Roselli, qui était venu vingt-cinq ans auparavant à Francfort en qualité de confiseur. Giovanni Battista était de Vicenza; c'était un excellent homme bien qu'un peu emporté et orgueilleux, et par-dessus tout cela, républicain!
En prononçant ces mots, madame Roselli désigna un portrait à l'huile placé au-dessus du divan.
—Il faut croire que le peintre,—«un républicain aussi!» ajouta madame Roselli en soupirant,—n'avait pas su saisir parfaitement la ressemblance, car sur son portrait, Giovanni Battista apparaissait sous les traits d'un sinistre et féroce brigand, comme un Rinaldo Rinaldini!
Madame Roselli elle-même était née dans la belle et antique cité de
Parme, où se trouve cette divine coupole peinte par l'immortel Corrège.
Une partie de sa vie pourtant avait été passée en Allemagne, et elle
s'était presque germanisée.
Elle ajouta, en branlant tristement la tête, qu'il ne lui restait plus que cette fille et ce fils, et du doigt elle les montrait tour à tour, puis elle dit que sa fille s'appelait Gemma et son fils Emilio, et que tous les deux étaient d'excellents enfants, obéissants, surtout Emilio…
—Et moi, je ne suis pas obéissante? interrompit Gemma.
—Oh! toi aussi tu es républicaine! répondit la mère.
Madame Roselli déclara pour conclure qu'assurément elle gagnait de quoi vivre, mais que les affaires allaient beaucoup moins bien que du temps de son mari, qui était un grand artiste en fait de confiserie.