—Un grand'uomo! affirma Pantaleone d'un air grave.
V
Gemma, tout en écoutant sa mère, tantôt riait, soupirait, caressait l'épaule de la vieille dame, la menaçait du doigt, puis la regardait. Enfin, elle se leva, prit sa mère dans ses bras et la baisa sur la nuque à la naissance des cheveux, ce qui fit rire beaucoup la bonne dame tout en poussant de petits cris effarouchés.
Pantaleone, à son tour, fut présenté au jeune Russe.
Pantaleone avait été autrefois un baryton d'opéra, mais il avait depuis longtemps terminé sa carrière artistique et occupait dans la famille Roselli une place intermédiaire qui tenait de l'ami de la maison et du domestique. Bien qu'il fût depuis un grand nombre d'années en Allemagne, il n'avait appris qu'à jurer en allemand et cela en italianisant impitoyablement ses jurons.
—Ferroflucto spitcheboubio! (maudite canaille), disait-il de presque tous les Allemands.
En revanche, il parlait l'italien en perfection, car il était originaire de Sinigaglia, où l'on peut entendre la lingua toscana in bocca romana.
Emilio faisait le paresseux et s'abandonnait aux agréables sensations d'un convalescent qui vient d'échapper à un grand danger. Du reste il était facile de voir qu'il avait l'habitude d'être gâté tant et plus par tous les siens.
Il remercia Sanine, d'un air confus, mais son attention se concentrait sur les sirops ou les bonbons.
Sanine fut obligé de prendre deux grandes tasses d'excellent chocolat et d'absorber une quantité fabuleuse de biscuits; à peine venait-il d'en grignoter un, que déjà Gemma lui en offrait un autre,—et comment aurait-il pu refuser?