—J'ai déjà pris le café, dit-il en se levant, mais je serai heureux de me promener avec vous.
—Alors donnez-moi le bras… Ne craignez rien… Votre fiancée n'est pas ici… elle ne vous verra pas.
Sanine eut un sourire forcé.
Chaque fois que madame Polosov parlait de Gemma, il éprouvait une sensation pénible. Mais il obéit et s'inclina avec empressement… Le bras de Maria Nicolaevna entoura lentement et mollement le bras du jeune homme, glissa contre lui et l'enlaça presque.
—Allons par ici, lui dit-elle, en rejetant sur son épaule l'ombrelle ouverte. Je suis dans ce parc comme chez moi, je vais vous montrer les plus jolis endroits… Et savez-vous—elle employait fréquemment cette expression—pour le moment nous ne parlerons pas de votre propriété… Après le déjeuner nous examinerons l'affaire à loisir… Maintenant vous devez me parler de vous… afin que je sache à qui j'ai affaire… Après, si cela vous intéresse, je vous raconterai mon histoire… voulez-vous?
—Mais, Maria Nicolaevna, il n'y a rien à raconter dans ma vie…
—Permettez, permettez, vous ne m'avez pas bien comprise… Je n'ai pas l'intention de faire la coquette avec vous.
Elle haussa les épaules.
—Il a une fiancée belle comme une statue antique, et je perdrais mon temps à faire la coquette avec lui?… Mais vous détenez la marchandise et je suis acquéreur… Je veux savoir à quoi ressemble cette marchandise?… C'est à vous de me la faire voir… Je veux savoir non seulement ce que j'achète mais à qui je l'achète… En affaires c'était une règle pour mon père… Eh bien! commencez, vous pouvez passer l'enfance… commencez votre récit du jour où vous êtes débarqué à l'étranger. Où avez-vous été avant de venir en Allemagne?… Mais ralentissez donc le pas, rien ne nous presse…
—Je suis venu ici d'Italie où j'ai passé plusieurs mois.