Un rire bruyant éclata derrière lui, et la glace devant laquelle il passa refléta la scène suivante: Maria Nicolaevna avait enfoncé le fez de son mari jusqu'au nez et Polosov agitait désespérément ses deux bras pour se dégager les yeux.
XXXVIII
Oh! quel profond soupir de joie poussa Sanine dès qu'il se retrouva dans sa chambre.
En effet, Maria Nicolaevna avait dit vrai: il avait besoin de repos, besoin de se reposer des nouvelles relations, des rencontres, des conversations, de tout le brouhaha qui s'était glissé dans sa tête et dans son âme,—de ce rapprochement imprévu, qu'il n'avait pas souhaité, avec une femme qui était pour lui une étrangère.
Et il lui avait fallu subir cette épreuve le lendemain du jour où il avait appris que Gemma l'aimait, et où elle était devenue sa fiancée!…
N'était-ce pas un sacrilège?
Mentalement, il demanda mille fois pardon à sa pure, à son immaculée tourterelle, bien qu'il ne comprît pas de quoi il se sentait coupable. Il baisa encore et encore la petite croix que Gemma lui avait donnée.
S'il n'avait pas eu l'espoir de boucler promptement l'affaire qui l'avait amené à Wiesbaden, il se serait enfui de là, au galop, pour retourner à son cher Francfort, dans cette maison aimée qu'il regardait déjà comme un peu sienne, aux pieds de Gemma.
Mais il n'y avait pas de remède à son mal! Il fallait boire le calice jusqu'au fond, s'habiller, aller dîner, et de là au théâtre…
—Pourvu, se disait-il, qu'elle me laisse partir demain!