Il se coucha aussitôt et s'efforça de s'endormir tout de suite.
S'il avait essayé de veiller, il aurait sans doute pensé à Gemma, mais, sans savoir pourquoi, il avait honte de penser à elle. Sa conscience n'était pas tranquille… Mais il la calmait en se disant que le lendemain tout serait fini pour toujours, qu'il se délivrerait pour toujours de cette folle—et qu'il oublierait toutes ces intrigues.
Les hommes faibles, quand ils se parlent à eux-mêmes, emploient volontiers des mots énergiques!
Et puis… cela ne tire pas à conséquence!
XLI
Telles étaient les réflexions que faisait Sanine en se couchant. Mais quelles furent ses impressions quand le lendemain matin Maria Nicolaevna heurta à sa porte avec le manche de corail de sa cravache, et qu'il la vit sur le seuil de sa chambre, tenant d'une main la traîne de son amazone bleu sombre, avec un petit chapeau d'homme posé sur les lourdes tresses de ses cheveux, le voile flottant sur l'épaule, et un sourire provocant sur les lèvres, dans les yeux, sur tout le visage.
Que se dit Sanine en ce moment?…
—Eh bien! êtes-vous prêt, lui cria gaîment madame Polosov.
Sanine boutonna sa redingote et prit sans mot dire son chapeau.
Maria Nicolaevna lui jeta un regard joyeux, lui fit un petit signe de tête et descendit en courant l'escalier.