Le passant étonné s'arrêta.
Maria Nicolaevna éclata de rire et mit son cheval au galop.
—Êtes-vous toujours aussi gaie quand vous allez à cheval? demanda
Sanine à madame Polosov quand il l'eut rejointe.
Maria Nicolaevna tira brusquement les rênes, elle n'arrêtait jamais autrement son cheval.
—Je voulais seulement échapper aux remerciements… Les remerciements gâtent mon plaisir… Ce n'est pas pour son plaisir que je lui ai laissé ma bourse, mais pour le mien… Pourquoi me remercierait-il?… Qu'est-ce que vous m'avez demandé tout à l'heure? Je n'ai pas entendu.
—Je vous ai demandé… j'ai voulu savoir pourquoi vous êtes si gaie aujourd'hui?
Mais soit que Maria Nicolaevna de nouveau n'eût pas entendu la question, soit qu'elle jugeât inutile de répondre, elle dit:
—Savez-vous… ce groom qui se balance derrière nous, m'agace…
Comment nous débarrasser de lui?
Elle sortit vivement un carnet de sa poche.
—Je vais lui remettre une lettre à porter à la ville… Non, cela ne va pas… Ah! cette fois j'ai trouvé!… N'est-ce pas un traiteur, là-bas, devant vous?