—Est-ce possible? répéta Sanine.
—Et vous, vous partirez pour Francfort?
—Oh! moi, certainement, je retournerai à Francfort.
—Eh bien! allez-y… Je vous donnerai ma bénédiction… Mais aujourd'hui, c'est notre jour, à nous, à nous… rien qu'à nous!
Les chevaux avaient atteint la lisière du bois et ils pénétrèrent dans la forêt. L'ombre fraîche les enveloppa doucement de toutes parts.
—Oh! mais c'est le paradis ici! cria Maria Nicolaevna… Allons au plus profond, plongeons-nous dans cette ombre, Sanine.
Les chevaux avançaient lentement dans les profondeurs de la forêt, se balançant et reniflant.
Le sentier qu'ils suivaient changea subitement de direction et s'engagea dans un défilé très étroit. L'odeur de la bruyère, des fougères, de la résine de pin, de la fane de l'année précédente montait du sol… des crevasses de rochers bruns s'exhalait une fraîcheur pénétrante… Des deux côtés du chemin s'élevaient des monticules couverts de mousse verte.
—Arrêtons-nous! cria Maria Nicolaevna, je veux me reposer sur ce velours. Aidez-moi à descendre de cheval.
Sanine mit pied à terre et courut auprès de madame Polosov. Elle s'appuya sur ses épaules, sauta vivement à terre, et s'assit sur un tertre de mousse.