—Oh! ça ne fait rien, s'écria Emilio d'un ton caressant. Revenez avec moi. Nous passerons à la poste et de là nous reviendrons chez nous! Gemma sera si contente! Vous déjeunerez avec nous… Vous pourrez glisser un mot à maman en faveur de moi… en faveur de ma carrière artistique…

—Eh bien! allons, dit Sanine.

Et ils sortirent ensemble de l'hôtel.

X

Gemma, en effet, fut très contente de revoir Sanine, et Frau Lénore le reçut très amicalement; il était évident qu'il avait produit la veille une excellente impression sur toutes deux. Emilio courut commander le déjeuner après avoir encore une fois rappelé à Sanine qu'il avait promis de plaider sa cause auprès de sa mère.

—Je n'oublierai pas, soyez tranquille, dit Sanine au jeune garçon.

Frau Lénore n'était pas tout à fait bien; elle souffrait de la migraine, et à demi-allongée dans le fauteuil, elle s'efforçait de rester immobile.

Gemma portait une ample blouse jaune retenue par une ceinture de cuir noir; elle semblait aussi un peu lasse; elle était légèrement pâle, des cercles noirs entouraient ses yeux, sans pourtant leur enlever leur éclat, et cette pâleur ajoutait un charme mystérieux aux traits classiquement sévères de la jeune Italienne.

Cette fois Sanine fut surtout frappé par la beauté élégante des mains de la jeune fille. Lorsqu'elle rajustait ou soulevait ses boucles noires et brillantes, Sanine ne pouvait arracher ses regards de ces doigts souples, longs, écartés l'un de l'autre comme ceux de la Fornarine de Raphaël.

Il faisait extrêmement chaud dehors; après le déjeuner Sanine voulut se retirer, mais ses hôtes lui dirent que par une pareille chaleur il valait beaucoup mieux ne pas bouger de sa place; et il resta.