Il lui semblait qu'il resterait volontiers éternellement derrière ce comptoir à vendre des bonbons et de l'orgeat, pendant que cette belle jeune fille le regardait avec des yeux amicalement moqueurs, et que le soleil d'été se frayant un chemin à travers l'épais feuillage des marronniers, remplissait la chambre de l'or verdâtre des rayons du couchant, et que le cœur se mourait d'une douce langueur de paresse, d'insouciance et de jeunesse—de première jeunesse.
Le quatrième client demanda une tasse de café. Cette fois il fut nécessaire de recourir à Pantaleone, et Sanine vint reprendre sa place près de Gemma. Frau Lénore dormait toujours, à la vive satisfaction de sa fille.
—Quand maman peut dormir, sa migraine passe tout de suite! expliqua
Gemma.
Sanine, toujours à mi-voix, parla de nouveau de «son commerce» et s'informa gravement du prix des marchandises. Gemma lui répondit sur le même ton. Tous deux, pourtant, en leur for intérieur, sentaient parfaitement qu'ils jouaient la comédie.
Tout à coup un orgue de Barbarie dans la rue joua l'air du Freischutz:
«À travers les monts, à travers les plaines!»
Les sons criards se répandirent, tremblotants et vibrant dans l'air immobile.
Gemma tressaillit.
—Cette musique va réveiller maman!
Sanine courut dans la rue, mit une poignée de kreutzers dans la main du joueur d'orgue et le décida à se retirer.
Lorsqu'il rentra dans la chambre, Gemma le remercia d'un léger signe de tête, et avec un sourire pensif se mit à fredonner elle-même la belle mélodie de Weber, dans laquelle Max exprime les doutes du premier amour.