Sanine répondit qu'il n'avait nullement l'intention de s'excuser, mais qu'il était prêt à donner satisfaction.
Alors le second lieutenant, toujours en hésitant, demanda avec qui, à quelle heure, et où les pourparlers pourraient avoir lieu.
Sanine répondit que M. von Richter pouvait passer dans deux heures, et que pendant ce temps il se procurerait un témoin, tout en se disant, in petto. «Où diable irai-je le chercher?»
M. Richter se leva, salua, mais sur le seuil de la porte s'arrêta comme pris d'un remords de conscience, et se tournant vers le jeune Russe, il déclara que son camarade, le baron von Daenhoff, reconnaissait qu'il avait eu des torts dans les événements de la veille, et qu'il se contenterait des exghises léchères.
Sanine répondit qu'il n'admettait pas la possibilité d'excuses, ni légères ni lourdes, parce qu'il ne se considérait pas comme coupable.
—Dans ce cas, répondit M. von Richter, devenu encore plus rouge—il faudra échanger des goups de bisdolet à l'amiaple.
—Comment, demanda Sanine, vous voulez que nous tirions en l'air?
—Oh! non, je n'ai pas voulu dire cela, balbutia le second-lieutenant tout à fait confus; je me suis dit que du moment que nous sommes entre gentilshommes… Je règlerai ces détails avec votre témoin, ajouta-t-il vivement, et il sortit brusquement de la chambre.
Dès que l'officier fut parti, Sanine se laissa choir sur une chaise et se mit à considérer le plancher.—«Que signifie tout cela? Quel cours sa vie a-t-elle pris tout à coup?» Le passé, l'avenir, s'effacèrent… et il ne se rendit plus compte que d'une chose, c'est qu'il était à Francfort et qu'il allait se battre.
Il se souvint subitement d'une tante, devenue folle, qui chantait en valsant une chanson où elle appelait un officier, son «chéri» pour qu'il vînt danser avec elle.