M. Kluber reconduisit Sanine chez lui et le salua froidement. Cet
Allemand, malgré son flegme et son assurance, se sentait mal à l'aise.

Tout le monde d'ailleurs se sentait mal à l'aise ce jour-là.

Ce sentiment ne tarda pas à s'effacer chez Sanine et à faire place à une disposition d'esprit indéfinissable, mais agréable et exaltée.

Sanine arpenta longtemps sa chambre sans vouloir penser à quoi que ce soit et en sifflotant un air; il était très content de lui-même.

XVII

Le lendemain matin, en s'habillant, Sanine se dit à lui-même: «J'attendrai l'officier jusqu'à dix heures, et après il pourra me chercher dans la ville.»

Mais les Allemands se lèvent de bonne heure, et l'horloge n'avait pas encore sonné neuf heures, lorsque le garçon vint annoncer à Sanine que M. le second lieutenant von Richter demandait à lui parler.

Sanine se hâta de passer sa redingote et donna l'ordre de faire entrer l'officier.

Contrairement à l'attente de Sanine, M. von Richter était un tout jeune homme, presque un gamin. Il s'efforçait de donner de la gravité à l'expression de son visage imberbe, mais sans y parvenir. Il ne réussit pas davantage à dissimuler son trouble et, en s'asseyant sur une chaise, il accrocha son sabre et faillit tomber.

Avec beaucoup d'hésitation et en bégayant, il dit en mauvais français à Sanine qu'il venait au nom de son camarade, le baron von Daenhoff, demander à M. von Zanine de présenter des excuses pour les paroles injurieuses qu'il avait prononcées la veille à l'adresse du baron von Daenhoff, et que si M. von Zanine refusait de s'excuser, le baron von Daenhoff demanderait satisfaction.