Il jeta l'arme à terre.

—Et moi non plus, je ne veux plus me battre! s'écria Daenhoff en jetant aussi son pistolet à terre.

—Maintenant, ajouta-t-il, je suis prêt à reconnaître que j'ai eu des torts l'autre jour.

Après un court moment d'hésitation il tendit d'un geste vague la main dans la direction de Sanine. Le jeune Russe s'approcha de son adversaire et lui serra la main.

Les deux jeunes gens se regardèrent avec un sourire sur le visage et tous deux rougirent.

Bravi! Bravi… cria comme un fou Pantaleone en battant des mains, et il courut frémissant au buisson, tandis que le médecin, qui était resté de côté assis sur un tronc renversé, se leva, vida la cruche, et se dirigea d'un pas indolent vers la route.

—L'honneur est satisfait, et le duel est fini! déclara von Richter.

Fuori (Fora!) cria encore Pantaleone par réminiscence de ses anciens rôles.

Après avoir échangé des saluts avec messieurs les officiers et être remonté en voilure, Sanine, s'il n'éprouva pas un sentiment de plaisir, se sentit tout au moins plus léger, comme après une opération chirurgicale. Mais en même temps une autre impression le bouleversa, vive comme un sentiment de honte. Ce duel dans lequel il venait de jouer un rôle, lui apparut comme quelque chose de faux, de conventionnel, de banal, une plaisanterie d'étudiant et d'officier. Il pensa au médecin flegmatique et se rappela comme il avait souri en les voyant, lui et le baron Daenhoff, après le duel, presque bras dessus, bras dessous… Il revit Pantaleone payant à ce même médecin les quatre louis… Non, non, tout cela n'était pas beau!

Sanine se sentait un peu honteux. Pourtant comment aurait-il pu agir autrement? Pas moyen de laisser l'impertinence du jeune officier impunie? Il ne lui convenait pourtant pas de se conduire comme Kluber?