Un petit vieux en frac lilas orné de boutons noirs, le col enfermé dans une haute cravate blanche, avec une culotte de nankin, et des bas de laine bleus, entra dans la chambre en boitant à cause de ses pieds ankylosés.
Son petit visage disparaissait complètement sous une forêt de cheveux gris, couleur de fer. Cette chevelure en broussailles, qui se hérissait par touffes et retombait dans toutes les directions, donnait au vieillard l'air d'une poule huppée; la ressemblance était rendue plus complète par le fait qu'on ne pouvait distinguer sous cette sombre masse grise qu'un nez pointu et des yeux jaunes, tout ronds.
—Louise arrivera plus vite, moi je ne peux pas courir, continua le vieillard en italien.
Il soulevait l'un après l'autre ses pieds endoloris de goutteux, chaussés de souliers hauts attachés par des rubans.
—J'ai apporté de l'eau, ajouta-t-il.
Et de ses doigts secs et noueux il serrait le long goulot de la bouteille.
—Mais en attendant le médecin, Émile peut mourir, cria la jeune fille, et elle étendit la main du côté de Sanine.
—Oh! Monsieur, oh! mein Herr! vous ferez quelque chose pour nous venir en aide!
—Il faut le saigner—c'est une attaque d'apoplexie, dit Pantaleone.
Bien que Sanine ne possédât aucune connaissance médicale, il savait pertinemment que des garçons de quatorze ans ne peuvent pas avoir des attaques d'apoplexie.