XXIV

Sanine s'approcha de la maison de madame Roselli d'un pas indécis. Il éprouvait des palpitations violentes; il sentait et entendait même nettement le battement de son cœur contre les côtes.

Qu'allait-il dire à Gemma? Comment entamerait-il la conversation?

Il fit le tour de la maison au lieu d'entrer par la confiserie. Dans l'étroite antichambre il rencontra Frau Lénore. Elle fut très contente et en même temps remplie d'appréhension.

—Je vous ai attendu, attendu!… dit-elle à voix basse… serrant les mains du jeune homme dans ses deux mains tour à tour… Allez dans le jardin… elle y est… N'oubliez pas que j'ai mis en vous tout mon espoir!

Sanine entra dans le jardin.

Gemma était assise sur un banc dans une allée. Elle triait d'une grande corbeille de cerises les fruits les plus mûrs et les mettait dans une assiette.

Le soleil était à son déclin. Il était six heures passées, et dans les larges rayons obliques dont le soleil inondait le jardin, il entrait plus de pourpre que d'or.

Parfois, comme à mi-voix, et sans hâte, les feuilles murmuraient entre elles, et des abeilles retardataires bourdonnaient, voletant d'une fleur à l'autre; au loin, une tourterelle roucoulait son chant monotone et infatigable.

Gemma était coiffée du même chapeau rond qu'elle avait mis pour aller à
Soden.