—Je suivrai votre conseil, continua Gemma.

Ses sourcils se froncèrent, ses joues pâlirent; elle se mordilla la lèvre inférieure.

—Vous avez tant fait pour moi que je dois faire ce que vous me conseillez… je dois accepter votre volonté… Je dirai à maman que je veux réfléchir encore… Mais voici maman qui arrive à propos!…

En effet, Frau Lénore apparaissait sur le seuil de la porte de la maison ouvrant sur le jardin. Elle se mourait d'impatience; elle ne tenait plus en place. D'après ses calculs, Sanine devait depuis longtemps avoir terminé ses explications avec Gemma, bien qu'en réalité la conversation n'eût pas encore duré un quart d'heure.

—Non, non, de grâce, ne dites rien pour le moment à votre mère, s'écria Sanine avec une sorte d'effroi… Attendez… je vous dirai… je vous écrirai… et jusque-là ne prenez pas de décision… attendez ma lettre…

Il serra vivement la main de Gemma et se leva d'un bond. Au grand étonnement de Frau Lénore, il passa devant elle, leva son chapeau en murmurant des paroles incompréhensibles et disparut.

Madame Roselli s'approcha de sa fille.

—Je t'en prie, Gemma, explique-moi…?

La jeune fille, pour toute réponse, se leva et embrassa sa mère.

—Chère maman, voulez-vous, s'il vous plaît, attendre ma réponse encore un peu de temps… pas longtemps, jusqu'à demain… Je vous en prie… Jusqu'à demain vous ne me direz plus rien? Oh!…