Sanine s'élança de son canapé et arracha la lettre des mains d'Emilio.

La passion dominait entièrement le jeune homme. Il n'était plus capable de songer aux convenances, ni de garder le secret de son amour… S'il avait été susceptible de réflexion, il se serait contenu devant cet enfant, le frère de Gemma.

Il s'approcha de la fenêtre, et à la lumière du réverbère qui se trouvait en face de la fenêtre, il lut les lignes suivantes:

«Je vous prie, je vous implore de ne pas venir chez nous demain, et de ne pas vous montrer chez nous de toute la journée. Il le faut, il le faut absolument.—Après, tout sera décidé… Je sais que vous ne me désobéirez pas, parce que… Gemma.»

Sanine relut deux fois ce billet. Oh! que l'écriture de Gemma lui parut belle et touchante!…

Après quelques instants de réflexion il appela à haute voix Emilio, qui, pour témoigner de sa discrétion, s'était tourné du côté du mur qu'il lacérait du bout de son ongle.

—Que désirez-vous? dit le jeune homme en courant vers Sanine.

—Ecoutez-moi, mon cher ami.

—Monsieur Dmitri, interrompit Emilio d'une voix suppliante; pourquoi ne me dites-vous pas: tu?

Sanine se mit à rire.