C'était le 23 juin au matin. L'animation la plus grande régnait dans la paroisse de Sainte-R..., d'ordinaire très paisible.
Le curé Faguy avait invité les jeunes gens à une corvée patriotique.
L'église et le presbytère étaient bâtis à quelques cents pas du rivage que baignaient mollement les flots du Saint-Laurent.
Sur le sable de la grève, s'élevait déjà un immense bûcher en forme de pyramide; le temple et le presbytère étaient pavoisés de drapeaux français et anglais, et les jeunes gens semblaient mettre la dernière main aux préparatifs, en plantant de beaux érables de chaque côté d'un large chemin qu'ils avaient tracé, depuis l'église jusqu'au bûcher.
Jean-Charles Lormier paraissait être l'âme dirigeante de l'organisation; il voyait à tout et corrigeait, dans les décorations, ce qui choquait le regard.
Notre héros, bien que très faible encore et incapable de travailler, avait obtenu du Dr Chapais la permission de prendre un peu d'exercice et de se créer des distractions.
Depuis environ deux semaines, un vieux prêtre français, l'abbé Failloux, qui voyageait pour sa santé, était venu se reposer au presbytère de Sainte-R...
C'était un patriote dont le coeur était rempli du noble désir d'implanter sur cette terre canadienne les vieilles coutumes de la patrie française.
Un soir, il dit à l'abbé Faguy: «Dans ma paroisse, M. le curé, et dans plusieurs paroisses de la France, nous fêtons, le 23 juin au soir, les feux de la Saint-Jean. Mes paroissiens préparent un bûcher auprès duquel nous nous rendons en procession; je bénis le bûcher et j'y mets le feu. C'est le signal de la fête qui dure deux heures. D'abord les assistants viennent tour à tour se plonger la tête dans la fumée pour recevoir le baptême du feu. Ensuite, les jeunes gens dansent autour du bûcher tandis que les hommes d'âge mûr et les vieillards entonnent des chants patriotiques.
C'est tout à fait charmant.