—C'est bon, prenez-le!
Elle décrocha le portrait qu'elle remit à Jean-Charles.
Au moment de partir, Jean-Charles dit à la femme Dodridge: «Vous avez commis une lâche action en écrivant à ma mère; votre lettre insolente a failli la tuer; mais elle se vengera de vous en priant le bon Dieu d'avoir pitié de votre pauvre âme...»
—Vraiment, vous me surprenez, monsieur! car c'est la première fois que j'entends dire qu'on peut tuer une femme en lui demandant poliment de payer ce qui est dû...
Jean-Charles sortit en levant les épaules de dégoût.
Il alla rejoindre Victor qui l'attendait chez, Mme de Courcy.
—Regarde! dit-il, en lui mettant sous les yeux la quittance signée par la propriétaire du Saumon d'or. J'ai payé cette dette pour deux raisons, d'abord pour sauver ton honneur et celui de la famille, et ensuite pour tranquilliser la conscience si délicate de notre mère; mais je te préviens que c'est la première et la dernière dette de cette nature que je paye! Si tu as le malheur d'en contracter d'autres, tu les paieras ou tu iras les acquitter en prison!
C'est la détermination formelle que mon père et moi avons prise. Nous sommes prêts à t'aider, mais nous ne voulons pas que l'argent que nous gagnons péniblement, à la sueur de notre front, contribue au maintien des auberges et des sentines de vices...
A l'avenir, nous ne te donnerons de l'argent que pour payer les choses de première nécessité, et encore il faudra que tu nous produises des comptes authentiques, authentiques, comprends-tu?
Regarde encore ceci! ajouta-t-il en lui montrant le portrait qu'il avait obtenu de la femme Dodridge. Quand j'ai vu ton portrait dans le salon de cette femme, j'ai senti la honte me monter au front, et j'ai acheté ce portrait pour avoir la satisfaction de le détruire moi-même...