—Que c'est donc malheureux! M. le candidat...
—Comment cela? demanda M. de LaRue avec la plus grande surprise.
—Pardon! j'aurais dû retenir cette parole, car toute vérité n'est pas bonne à dire.
—Voyons. M. le notaire, expliquez-vous, je vous en prie...
—Je veux dire que mon frère sera plus chanceux que vous et mademoiselle de LaRue.
—Je comprends de moins en moins, M. le notaire!
—Écoutez M. le préfet. En laissant échapper ces mots: «Que c'est donc malheureux!» J'ai voulu exprimer qu'en permettant à votre fille d'épouser un habitant, vous portiez atteinte à votre dignité de candidat et que cette mésalliance pourrait vous susciter de l'opposition et vous conduire à une défaite... En supposant même que, malgré cela, vous remportiez la victoire, croyez-vous que les ministres et vos collègues, qui viendront vous visiter dans votre splendide villa, seront bien flattés de presser la main calleuse de votre unique gendre... Que dis-je? ces grands personnages briseront votre coeur en ridiculisant votre chère enfant... Vous perdrez, d'emblée: bonheur, prestige, influence!
—Vous avez mille fois raison, M. le notaire! et dire que j'ai été trop sot pour penser à cela!...
—Quant à moi, reprit Victor, je suis très heureux de ce mariage; mais c'est dans l'intérêt de votre candidature que je fais ces remarques. Si vous tenez à ce mariage, je vous conseille de renoncer à la candidature...
—Hélas! il est trop tard, trop tard, M. le notaire, pour empêcher ce mariage, dit le bonhomme en larmoyant...