Les deux fiancés ne se rencontrèrent pas. Corinne sortit par une porte et Jean-Charles entra par une autre.

La figure de notre héros portait l'expression de la douleur la plus intense.

Il avait bu, pendant quelques jours, à la coupe d'un bonheur parfait,—trop parfait pour être durable,—et la coupe enchanteresse venait de se briser...

Il serra silencieusement la main tremblante du prêtre, et se laissa choir sur un siège en exhalant cette plainte: «Mon Dieu, que je souffre!»

—Oui, mon ami, je le sais, et je vous prie de croire que je ressens autant que vous le malheur qui vous frappe. Mais attendons tout de la bonté infinie de Dieu!

—Il n'y a donc pas de bonheur, ici-bas, M. le curé?...

—Oui, mon ami! Mais il ne faut pas croire que le bonheur réside toujours dans la réalisation de nos désirs les plus chers; Dieu le fait naître parfois du sein de nos malheurs! Le bonheur? il est partout, quand on le cherche avec les yeux de la foi; il est même dans la souffrance, si seulement on offre cette souffrance à Dieu en lui disant, comme autrefois Jésus avant de monter sur le calvaire: «Mon Père, s'il est possible, faites que ce calice s'éloigne de moi; néanmoins que ma volonté ne s'accomplisse pas, mais la vôtre!» Ah! si nous avions, la foi véritable, mon ami, que de maux, de peines et de misères nous nous épargnerions! Car la foi nous ferait accepter avec résignation toutes les épreuves, en nous faisant entrevoir, après cette vie, un bonheur parfait et éternel!

—J'admets volontiers, dit Jean-Charles, que ce n'est pas ainsi que nous agissons dans le monde pour mériter d'obtenir ce trésor qu'on nomme le bonheur, et après lequel tant de gens soupirent sans pouvoir l'atteindre...

—Pourtant, mon ami, je vous assure que c'est l'unique moyen de l'obtenir. Et quoi qu'il arrive, ne laissez jamais le découragement entrer dans votre coeur!

Priez! et si c'est la volonté de Dieu que vous épousiez mademoiselle de LaRue, il saura bien faire disparaître les obstacles qui s'élèvent en ce moment entre vous et elle.