Du juste et du méchant!

L'OR VAINCU PAR L'ÉLOQUENCE

Victor avait cru prudent de déménager le soir même du jour, où, excité par la boisson, il était allé provoquer Jean-Charles aux champs.

Il avait loué deux chambres dans une maison, occupée par un vieux couple, et qui était située presque en face de la villa de LaRue. C'est une idée géniale que j'ai eue, pensait-il, de transporter mes pénates ici. De ma chambre, et sans me déranger, je pourrai voir aller et venir ma fiancée.

Elle est encore un peu farouche, ma fiancée! mais avec le temps je finirai bien par l'apprivoiser...

Pour faire l'assaut de son coeur, je commencerai par lui sourire, sans lui parler; puis, dans deux ou trois jours, je lui décocherai, en passant, des compliments sur sa beauté, sa grâce, sa taille, etc. Ces sortes de compliments chatouillent toujours agréablement l'oreille des jeunes filles...

Enfin, je me ferai si gentil, si insinuant, si spirituel, que, bientôt, elle raffolera de moi! Ce n'est plus moi qui courrai après elle, c'est elle qui courra après moi... Il en est de même de toutes les jeunes filles.... du moins de celles que j'ai connues à Montréal... Ici, je suis à l'abri des indiscrétions de ma bonne femme de mère et... des taloches de Jean-Charles!

Maintenant, si je veux conserver les bonnes grâces de mon futur beau-père et voir la couleur de son argent, il faut que je m'occupe sérieusement de sa candidature, car l'élection aura lieu avant les fêtes du nouvel an.

Victor rédigea un manifeste destiné à voir le jour dans les colonnes du Canadien, sous la signature de M. de LaRue, et il écrivit un petit discours mielleux que le candidat apprendrait par coeur et irait débiter dans toutes les paroisses du comté.

Après avoir élaboré soigneusement ces deux formidables pièces, il alla les soumettre à M, de LaRue, qui s'en déclara enchanté. L'appel nominal fut fixé au 15 décembre et le scrutin au 22 du même mois.