Il avait même écrit à Mgr Signaï pour lui demander l'autorisation d'entrer au grand séminaire de Saint-Sulpice, à Montréal, et il avait accompagné sa lettre des documents suivants: un certificat de baptême et de confirmation, un certificat de bonne santé, et une lettre de l'abbé Faguy énumérant les qualités et les marques de vocation qu'il avait observées chez son élève.
Mgr Signaï, qui connaissait de réputation le héros de Châteauguay, s'était empressé de lui accorder l'autorisation demandée; et il lui disait que, vu son âge (41 ans) et les études particulièrement remarquables qu'il avait faites sous la direction de l'abbé Faguy, il pourrait, probablement avant deux ans, recevoir le sacrement de l'ordre.
Cette nouvelle avait fait renaître la joie et le bonheur dans le coeur de Jean-Charles.
Maintenant il se croyait réellement appelé à la vie religieuse, et il s'y préparait par la prière et l'aumône.
Il donna aux pauvres une partie de ses biens et laissa à son frère une rente viagère de trois cents dollars par année.
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Prosper Larose, le vieil ami d'enfance que Jean-Charles héberge et soutient, est allé avec sa famille passer quelques jours de récréation à Saint-Denis.
C'est le soir. Notre héros est occupé à étudier, mais parfois il s'arrête pour livrer son âme aux espérances de la vie nouvelle.
A le voir, le front rayonnant de bonheur, on dirait qu'il ne souffre plus, et même qu'il a perdu la souvenir du passé... Que de choses consolantes lui montre l'avenir!
Son coeur est déjà enflammé d'amour et de zèle pour les pauvres, les riches, les vieux, les jeunes, pour tous ceux enfin qui souffrent ou jouissent sans songer à l'unique chose nécessaire: le salut de leur âme!