Dans la forêt, il y avait une petite caverne que Jean-Charles avait découverte, un jour, en chassant le gibier. Un buisson touffu en dérobait l'ouverture. Cette caverne lui avait déjà servi d'abri pendant l'orage. Il y entra et se coucha sur des branches de sapin qu'il avait étendues sur le roc vif qui formait le plancher de ce logis d'un nouveau genre.
Il n'espérait pas pouvoir dormir de sitôt, mais il voulait reposer ses membres endoloris, secouer le trouble qui agitait son esprit, et envisager la situation sous toutes ses faces.
Sa foi et son expérience lui avaient appris que la prière est un moyen puissant d'élever l'âme, et de la consoler dans les épreuves; or, ayant une dévotion toute particulière à la Sainte-Vierge, il se mit à réciter pieusement son chapelet.
Comme il disait le dernier Ave Maria, il éprouva cet engourdissement qui est le signe précurseur du sommeil; ses paupières s'appesantirent et bientôt il goûta les douceurs d'un long et paisible repos.
Quand il s'éveilla, le jour commençait à paraître. Il avait dormi douze heures... Le fugitif ne se sentait plus fatigué du tout, mais la faim et la soif lui causaient maintenant des douleurs insupportables.
Il sortit de sa cachette, et, après de longues recherches, ne put trouver rien autre chose à se mettre sous la dent que des fraises.
L'eau pure, dans ces parages, était presque aussi rare que les substances nutritives.
Enfin, il trouva un large et clair ruisseau on il étancha sa soif dévorante. Tout à coup, il aperçut son image dans le cristal de l'onde, et recula en poussant un cri de surprise et de douleur: il venait de constater que ses cheveux étaient devenus aussi blancs que la neige!
Dans deux jours, le malheur l'avait vieilli de vingt-cinq ans...
Il s'assit sur le bord du ruisseau en faisant cette amère réflexion; «Je n'ai que quarante-un ans et j'ai déjà l'apparence d'un vieillard!»