«La tireuse de cartes me le dira bien, elle, si le sauvage parle!»

Cependant, l'affirmation catégorique de Joachim Bédard, avait impressionné le père Latourelle et jeté le doute dans son esprit. Après tout, se disait-il, je peux bien m'être trompé; à vrai dire, l'accident m'avait mis un peu à l'envers! En tout cas, je vas aller consulter la Châtigny, qui passe pour avoir le don de faire parler les cartes.

Attends un peu, mon p'tit Joachim Bédard: tu auras bientôt de mes nouvelles...

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Il y avait à la Canardière, petit village situé sur la rive nord de la rivière Saint-Charles, et qu'on nomme aujourd'hui Limoilou, une vieille femme qui pratiquait, l'art de la cartomancie. On l'appelait familièrement la Châtigny.

Sa clientèle se composait principalement de jeunes filles et de jeunes gens, dont elle savait exploiter la naïveté, car c'était une madrée commère que la Châtigny! Mais les revenus de cet art ne suffisant pas à sa subsistance, la cartomancienne blanchissait le linge, tricotait des bas, des mitaines, des cache-nez, etc., et avec ces divers métiers, elle trouvait le moyen de vivre assez bien.

Un soir de juillet, elle tricotait, en attendant la clientèle, quand elle entendit gratter à la porte. Croyant que c'était son chat, elle cria, sans se déranger: «Va te coucher, animal!»

Au bout de quelques secondes, le même bruit ayant recommencé, la Châtigny, impatientée, s'arme d'un torchon avec lequel elle veut corriger son chat importun. Elle entre-baille la porte et donne un grand coup de torchon sur la tête de... d'un vieillard, qui recule, épouvanté!

—Oh pardon! mille excuses! monsieur, s'écrie-t-elle; je croyais que c'était mon chat qui grattait à la porte!

—Moi, dit le père Latourelle—car c'était bien lui—je cherchais la sonnette!