Il écrivait correctement les langues anglaise et française, et connaissait suffisamment les sciences exactes.
Le commerce avait pour son jeune esprit des attrait séduisants. Mais n'ayant pu se caser à Berlin, il résolut, après avoir consulté son protecteur, d'aller tenter fortune ailleurs.
Le maire de Berlin réussit à lui obtenir une position de sous-comptable dans le célèbre magasin des MM. Stewart, à New-York. Ses nouveaux maîtres lui demandaient de venir incessamment.
Ce fut bien pénible pour notre héros de consentir à cette séparation; mais il offrit à Dieu ce nouveau sacrifice.
Au moment de se séparer, peut-être pour toujours, de l'homme qui lui avait donné les bienfaits de l'instruction, le jeune muet se sentit accablé de douleur.
Il voulut exprimer, clans son langage mystérieux, toute la reconnaissance dont son coeur débordait, mais ses larmes seules parlèrent...
Il partit avec son père pour la métropole commerciale des États-Unis.
Jean-Charles s'était montré fort devant la faiblesse et la douleur de son protégé; mais, resté seul, il sentit un vide immense se faire autour de lui!
Depuis longtemps, il s'était résigné à son sort. La bonheur du jeune homme faisait son bonheur. Car James O'Neil n'était pas seulement son élève, il était son ami, son compagnon de tous les instants.
Ensemble—le matin au réveil et le soir au coucher—ils adressaient à Dieu leurs prières d'amour et de reconnaissance; ensemble ils avaient travaillé pour soustraire Frank O'Neil à l'ivrognerie et en faire un catholique fervent, et un bon père; ensemble, parfois, pour se distraire, ils couraient les bois et les grèves pour chasser ou pêcher; ensemble, enfin, chaque dimanche, ils allaient s'agenouiller à la table. sainte pour recevoir le divin consolateur!