Portugais se fâchait et affirmait que c'était lui-même il offrait d'exhiber l'innocente victime de son coup de fusil, et défiait son antagoniste d'en faire autant!
Celui-ci se contentait de répliquer que c'était la même bécassine que Portugais conservait dans l'alcool depuis vingt ans...
Mais Portugais avait toujours le dernier mot, et, du reste, il était d'une telle habileté à la chasse, que tout le monde disait avec conviction: «C'est bien lui qui a tué la première bécassine!»
Jean-Charles s'approcha du chasseur, et, ayant repris son rôle de muet, lui fit comprendre, par des signes, qu'il désirait acheter un fusil.
Portugais, qui était un brocanteur de profession, passa son fusil au colosse en lui disant qu'il était à vendre.
Notre héros examina l'arme minutieusement et même l'essaya sur un gibier qu'il tua au vol.
Il acheta le fusil et le paya rubis sur ongle vingt dollars.
Il chargea Portugais de lui acheter les articles suivants qu'il avait inscrits sur une feuille de papier: de la poudre, des balles, une gibecière, une perche de ligne, des hameçons, un filet, des ustensiles de cuisine, un chandelier, des bougies et quelques outils.
Nous avons connu intimement ce pauvre Portugais,—ancien chantre au choeur de la Congrégation, à Saint-Roch,—et nous nous plaisons à rendre hommage à son honnêteté. C'était aussi un coeur d'or, un homme extrêmement serviable.
Il remplit avec une fidélité scrupuleuse la commission qu'on lui avait confiée, et dans l'après-midi du même jour, il arriva chez Jean-Charles en criant de sa voix flûtée: «Hé! bonjour, mon oncle! bonjour! (Car lorsque Portugais ne connaissait pas le nom d'un homme, il l'appelait toujours mon oncle.) Hé! bonjour, mon oncle! bonjour! cria-t-il à Jean-Charles, en déposant sur le plancher tout le bataclan qu'il portait dans ses bras et sur son dos.