—Rassurez-vous, mon ami, il est des plus simples: le Veni Creator avant la messe, le renouvellement des voeux par la vieille religieuse après la messe, puis le Te Deum. Lorsque vous aurez terminé votre action de grâces, vous irez à la communauté, où les soeurs seront réunies, et vous leur adresserez la parole.

—Le programme serait simple en effet, monseigneur, si le discours en était supprimé, mais, c'est justement le point qui m'embarrasse le plus.

—L'année dernière, cependant, vous avez, sans préparation, prêché tous les soirs aux exercices de la neuvaine de Saint-François-Xavier, et tout le monde a été enchanté de vos sermons. Ah! ah! vous rougissez en entendant ce compliment... je vous assure pourtant qu'il est bien mérité.

—Ne pourriez-vous pas, monseigneur, demander à la supérieure d'ajourner cette fête à plus tard, c'est-à-dire jusqu'à votre retour de Québec?

—Non, mon ami, car la vieille religieuse... dont on doit célébrer les noces d'or, est d'une faiblesse excessive, et même elle a failli mourir, la semaine dernière. Elle est relativement bien depuis deux jours et le médecin est d'opinion qu'elle peut vivre encore quelque temps, mais aussi elle peut mourir d'un jour à l'autre. Cette bonne soeur, qui est la modestie même, s'est opposée fortement à la démonstration qu'on organise en son honneur, mais la supérieure et toutes les religieuses de la communauté veulent lui donner, en ce grand jour, un témoignage d'affection, de respect et de reconnaissance. Cette bonne vieille digne émule de Marguerite Bourgeois a rendu de précieux services à son ordre, et elle a établie sur des bases solides, plusieurs couvents au Canada et aux États-Unis.

—Enfin, monseigneur, je n'ai qu'à m'incliner devant votre volonté qui est et sera toujours la mienne. Et si j'ai mis peu d'empressement à obéir à votre grandeur, c'est parce que je me sens tout à fait indigne de la remplacer à cette fête.

—Laissez-moi vous dire, mon ami, que je diffère d'opinion avec vous sur ce point, et je suis persuadé que les religieuses me sauront gré de vous avoir choisi pour présider à cette fête des noces d'or.

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Ainsi que l'abbé Lormier l'avait prévu, les religieuses furent bien désappointées en recevant de Mgr Bourget une lettre par laquelle il leur apprenait qu'une affaire urgente l'appelait le même jour à Québec, et que M. l'abbé Jean-Charles Lormier le remplacerait avantageusement à leur fête.

Si les bonnes soeurs étaient déçues, c'est parce qu'elles avaient fait de grands préparatifs pour recevoir le distingué prélat qui était un insigne bienfaiteur de leur communauté. Mais avec l'esprit de soumission qui caractérise ces saintes femmes, elles acceptèrent de bonne grâce cette contrariété et se disposèrent à recevoir avec magnificence le représentant de sa grandeur Mgr Bourget, et à célébrer leur fête avec beaucoup d'éclat.