Le père Lormier était un patriote dans le vrai sens du mot, et, en 1775, il avait combattu contre les Américains.
Jean-Charles reprit:
—Notre pays a besoin de soldats pour le défendre contre les attaques d'un ennemi nombreux et puissant, et il me semble que c'est le devoir de tous les jeunes gens de coeur de voler à sa défense!
—Mais tu n'es encore qu'un enfant! interrompit la mère; que feras-tu sur un champ de bataille?
—Je ne suis qu'un enfant, peut-être, ma mère; mais je suis capable de porter un fusil, et je saurai m'en servir, Dieu merci!
La mère n'ajouta plus rien. Elle lisait dans les yeux de Jean-Charles une résolution inébranlable; et d'ailleurs elle avait sur cette question de la guerre les mêmes principes que son mari et son enfant.
—Voyons, fit Jean-Charles, en s'adressant à Victor, j'espère que tu ambitionnes comme moi l'honneur de servir le pays?
—Moi? moi? riposta Victor, sur un ton ironique; allons donc! Je suis trop patriote pour prêter le concours de mes bras aux Anglais... Va te faire casser la tête pour eux, si cela te plaît, mais n'insulte pas à mon patriotisme!
Le père Lormier, indigné d'entendre cet insolent langage, dit à Jean-Charles: «Va, mon enfant! et que Dieu te protège!»
Victor comprit la bévue qu'il venait de commettre, et voulut la réparer par ces paroles: «J'ai mes opinions là-dessus, mon cher Jean-Charles, mais je respecte les tiennes, et j'admire le zèle qui t'anime!»