Le maire s'inclina devant la décision du Dr. Chapais, dont il savait apprécier le talent et le tact. Du reste, il n'aurait pas voulu retarder le rétablissement de notre héros ni même lui causer la moindre fatigue.
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Le Dr Chapais accompagna Jean-Charles à la maison paternelle.
Nous renonçons à décrire la scène qui eut lieu quand le jeune héros arriva chez lui. Sa mère lui sauta au cou et le couvrit de baisers et de caresses. Elle riait et pleurait à la fois! Oui, elle pleurait, cette pauvre mère! car, bien des fois, depuis le départ de son enfant, elle s'était adressé d'amères reproches au sujet des injustices qu'elle comprenait avoir commises envers ce fils si bon, si tendre et si généreux! En même temps elle se reprochait d'avoir trop choyé Victor, qui la payait d'ingratitude. Je suis peut-être la cause du départ de Jean-Charles pour la guerre, se disait-elle encore: il a fui ce toit où la tendresse lui manquait!
Parfois, elle s'écriait: «Mon Dieu, faites que mon enfant revienne; s'il lui arrivait quelque malheur, j'en mourrais! S'il revient, ô mon Dieu, je vous fais la promesse de l'aimer comme il mérite de l'être, et de lui donner tous les soins qu'une bonne mère doit donner, sans préférence, à tous ses enfants!»
Maintenant, elle le voyait, cet enfant trop longtemps méconnu; elle l'étreignait sur son coeur et aurait voulu, en une minute, réparer les fautes de plusieurs années!
Le Dr. Chapais mit fin à ces transports en faisant observer délicatement à Mme Lormier que son fils était bien fatigué et qu'il avait besoin d'un repos du corps et de l'esprit.
—Sous nos bons soins, chère madame, ajouta-t-il, notre blessé se rétablira promptement.
Puis le médecin fit un examen minutieux des blessures de Jean-Charles, et lui déclara que sa blessure à la joue était assez sérieuse, surtout à cause du froid qui s'y était introduit durant les deux nuits qu'il avait passées sur la terre humide, sans couverture, après la bataille de Châteauguay.
Il pansa soigneusement le blessé et le força à prendre le lit.