—Hélas! il m'est bien pénible, chers parents, de me séparer de vous, et de penser que mon départ va vous causer de la peine et de cruelles angoisses; mais ne croyez-vous pas comme moi qu'il nous faille toujours sacrifier l'amour de la famille à l'amour de la patrie? D'ailleurs, cher père, je veux marcher sur vos traces. En 1775, vous avez combattu vaillamment les ennemis de notre pays, et vous êtes sorti sain et sauf de tous les combats. Eh bien! j'espère que Dieu me donnera votre vaillance et m'accordera le bonheur de vous embrasser après la victoire!

Un long silence suivit ces dernières paroles. Puis le père et la mère Lormier, après avoir pressé Jean-Charles sur leur coeur, lui dirent:

—Pars, enfant! nous prierons Dieu pour toi!

*
* *

Jean-Charles devait partir dans deux jours. Il mettait la dernière main à ses préparatifs, lorsqu'il entendit frapper à la porte. Il alla ouvrir, et se trouva en présence de l'abbé Faguy. Le curé portait un fusil sous le bras.

—Bonjour, M. le curé! Est-ce que vous venez à la guerre, vous aussi? lui demanda le jeune homme en riant.

—Oui, mon brave, je vais faire la guerre aux gibiers, et je viens vous prier de me servir de capitaine.

—Je vous servirai plutôt de lieutenant; et je vous remercie de me fournir l'occasion de m'exercer la main avant de me trouver en face des Américains!

Il décrocha son fusil, et partit avec son aimable précepteur et ami.

Neuf heures venaient de sonner.