«Victor est un dépensier et une fine canaille», se répétait le vieux serviteur... mais où prend-il l'argent? Est-ce que son père et Jean-Charles seraient assez naïfs pour se laisser exploiter par lui?»
Et le bonhomme reprenait son monologue: «C'est bon à savoir que Victor est un dépensier; mais je te promets, mon petit clerc notaire, que tu ne dépenseras pas à boire l'argent que j'ai dans ma poche! J'aurai l'oeil sur toi...»
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Il est environ une heure.
Dans la nuit devenue sombre, le cheval va son train régulier, monotone. L'air plus vif, le cabotage du cabriolet, le bruit des sabots; tout cela engourdit l'esprit et le corps, paralyse la langue et favorise les réflexions ou le sommeil.
Tout à coup, comme on vient de s'engager dans un petit bois, le père François aperçoit deux hommes masqués qui s'approchent de la voiture, le pistolet à la main. L'un décharge son arme sur Philippe, qui culbute et va rouler, tête la première, dans la boue! L'autre forban dit à François: «Donne-moi ta bourse ou je te tue!»
Le vieillard se met à crier: «Au voleur! à mon secours! Jean-Charles, à mon secours!»
—Quoi! qu'est-ce qui vous prend, père François? demande Philippe, en se réveillant.
Et François se débat dans la voiture en continuant à crier: «A mon secours, Jean-Charles!»
—Aie! aie! réveillez-vous donc, père François! dit Philippe, en secouant le vieux serviteur; pourquoi criez-vous donc au secours?