Oh! père François, le bourgeois était de bonne humeur ce jour-là, car je ne l'avais jamais encore entendu rire de si bon coeur... Il se jeta dans son fauteuil, et se tint les côtes cinq minutes de temps... Et moi je riais rien que de le voir rire! La bonne humeur de mon bourgeois me donna de la hardiesse, et je repris: «J'ai parlé de l'affaire à Melle Jacqueline, et elle a accepté ma demande en mariage; mais comme je ne voudrais pas la fréquenter sans votre permission, c'est pour ça que je vous en parle.»
M. Normandeau devint sérieux et me dit:
—C'est bien! Philippe, je t'accorde cette permission; mais si je m'aperçois que tu abuses de ma tolérance, je te flanquerai à la porte!
—N'ayez pas peur, M. Normandeau, je suis un honnête garçon, et Melle Jacqueline est une fille qui sait tenir sa place...
—Va! Philippe, ajouta M. Normandeau; je paierai le violon le jour de tes noces!
—Avez-vous compris ces paroles, père François: «Je paierai le violon le jour de tes noces!» Dans la bouche de M. Normandeau, ces paroles veulent dire: «C'est moi qui paierai toutes les dépenses...»
—Sais-tu bien que tu as de l'esprit, Philippe? dit en riant le père François.
—En voilà une demande! beau dommage que je le sais! C'est vrai que l'autre jour, s'étant fâché contre moi, M. Normandeau m'a dit: «Mon pauvre Philippe! je vois bien que tu n'as pas inventé les manches de pelle ni les poignées de portes!»
Mais je lui ai répondu:»Ce n'est pas de ma faute, M. Normandeau, car quand je suis venu au monde, les manches de pelle et les poignées de ports étaient déjà inventés!»
—C'est pas bête, cela, m'a dit M. Normandeau, en me tapant sur l'épaule. Si tu n'as pas inventé les manches de pelle ni les poignées de porte, je crois, par exemple, que tu as in venté la belle humeur!